La voiture autonome : qui est prêt à prendre le risque?

Le salon automobile de Genève vient de fermer ses portes laissant planer le doute sur une commercialisation rapide des voitures autonomes. La technologie est en grande partie opérationnelle, mais les récents accidents montrent que la question de la prise de risque reste à trancher.

 

Lors du salon de Genève, les constructeurs ont confirmé leur volonté de proposer des véhicules autonomes sans toutefois annoncer de réelles avancées. Le lancement sur le marché de véhicules autonomes de niveau 5 (automatisation complète) est prévu d’ici 2 à 3 ans. Pourtant, les progrès constatés sur les Google Car, véhicules autonomes TESLA ou UBER laissaient penser que la commercialisation n’était plus qu’une question de mois. Les récents événements survenus aux États-Unis lors de phase de tests pèsent lourd dans le déploiement de cette nouvelle technologie. La prise de risque des Américains a-t-elle été suffisamment mesurée ?

 

Le cadre législatif américain: une course à l’assouplissement des règles

Ces dernières années, de nombreux Etats américains se sont lancés dans une course à l’assouplissement des règles pour la circulation des voitures autonomes. L’objectif étant d’attirer l’installation sur leurs territoires de géants du secteur. Ainsi, l’Arizona et la Floride n’imposent pas aux véhicules-tests d’être contrôlables à distance en cas de problème. Du côté de la Californie, le 26 février, l’État a adopté une réglementation autorisant pour la première fois des véhicules autonomes à sillonner ses routes sans conducteur avec la restriction d’une commande à distance.

Seulement, depuis se sont produits deux accidents mortels, UBER en Arizona avec une piétonne et TESLA en Californie avec le décès d’un conducteur passif d’une TESLA modèle X alors que le pilote automatique était activé. UBER a suspendu son programme de tests, NVIDIA lui a emboîté le pas.  Seul, Google semble poursuivre ses tests.

Bien qu’aucun rapport complet sur ces deux incidents n’ait à ce jour été communiqué, ils soulèvent de nombreuses interrogations sur le niveau de fiabilité de la technologie (notamment les radars laser Lidar qui équipaient le véhicule autonome UBER), mais également sur la responsabilité des constructeurs / des chauffeurs « passifs ».

 

Les assureurs s’organisent pour mieux gérer les accidents potentiels

Il serait bien évidemment utopique de croire que le principe du véhicule autonome serait synonyme de risque zéro. Le monde de l’assurance a pris conscience des enjeux et propose des solutions adaptées.  En France, les assureurs fixent déjà des tarifs selon les caractéristiques propres du véhicule (y compris ses équipements de sécurité), les statistiques des sinistres, la puissance du véhicule. En dehors des approches annoncées par certains d’entre eux, la prise en compte claire des fonctions semi-autonomes (2 et surtout 3) en est encore à ses balbutiements.

En Angleterre, une assurance « deux-en-un » permet de couvrir à la fois le conducteur, lorsqu’il est au volant, et le véhicule, lorsqu’il est en mode autonome :

Dans le cas d’un accident impliquant une voiture en mode autonome, il incombera à la compagnie d’assurance d’indemniser les victimes avant de se retourner vers le constructeur automobile pour se faire rembourser. Certains pensent même que l’assurance automobile de demain ne concernera plus les particuliers, mais uniquement les fournisseurs. Une autre stratégie consiste pour les assureurs à accompagner certains programmes de véhicules autonomes circulant dans des conditions bien définies, comme la MATMUT avec le Normandy Autonomous Lab ou XL CATLIN qui vient d’annoncer un partenariat avec la start-up Oxbotica pour accompagner le projet de véhicules autonomes dans l’aéroport de Gatwick.

Le challenge du véhicule autonome est donc réellement complexe à relever,  d’un point de vue technique, réglementaire, et assurantiel. L’évolution technologique laisse envisager une modification profonde du mode de circulation dans les décennies à venir.

 

Alexis NARDONE – Directeur International des Spécialités

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