Télémédecine et e-santé : quand le digital bouleverse les piliers de la médecine traditionnelle.

Si la médecine a longtemps été considérée comme une science aux possibilités limitées, elle apparaît, depuis quelques décennies, capable de prouesses et d’avancées jusqu’alors inimaginables. L’avènement de la télémédecine et de l’e-santé font partie de ces évolutions remarquables. Cependant, malgré la volonté de développer et d’encadrer ces nouvelles pratiques, de récentes évolutions viennent fragiliser certains principes fondamentaux de la pratique médicale.

La télémédecine est considérée, depuis 2009, comme « une forme de pratique médicale à distance utilisant les technologies de l’information et de la communication ». L’OMS définit, quant à elle, l’e-santé comme une discipline utilisant « des outils de production, de transmission, de gestion et de partage d’informations numérisées au bénéfice des pratiques tant médicales que médico-sociales ».

Un accès aux soins facilité

Dans une société ou l’offre de soins et la demande croissante des patients sont en déséquilibre, la télémédecine tend à améliorer l’organisation du système de soins.

Face à ce défi, de nombreuses entreprises ont innové pour mettre à la disposition des professionnels de santé et des patients de nouveaux outils.

La télémédecine s’est invitée dans le domaine de la consultation, de l’expertise, de la surveillance et de l’assistance, notamment en matière de chirurgie ambulatoire.

Récemment, une nouvelle application a fait son apparition dans le paysage des smartphones et autres tablettes connectées. Elue application de la semaine au début du mois de mai 2016, le succès d’EPIDERM, qui permet d’obtenir rapidement l’avis d’un dermatologue en ligne, de bénéficier d’un suivi pendant plusieurs jours et si besoin d’être orienté par des professionnels dans le parcours de soins, est incontestable.

Au-delà du diagnostic, le groupe SANOFI s’est également engagé il y a quelques années dans la télémédecine en créant l’application DIABEO, conçue pour aider les patients à gérer au quotidien leur diabète.

Avec l’émergence des cabines de télémédecine, permettant de mettre en relation patient et médecin via un système de vidéo-conférence, la Société HEALTH FOR DEVELOPMENT a pour ambition de donner « accès à un médecin, partout, tout le temps ».

Si le développement de la télémédecine entend développer et faciliter l’accès aux soins, l’émergence de cette discipline suscite de nombreuses interrogations.

Quid de la responsabilité médicale et de la protection des données ?

Au-delà de la problématique de la concurrence déloyale, décriée par certains spécialistes en raison des prix pratiqués par certaines applications, se pose la question de la responsabilité médicale.

En effet, dans une relation médecin-patient dominée par la technologie, il convient de s’interroger sur la place de l’examen clinique, qui dominait autrefois la relation médicale et qui demeure encore d’une importance primordiale dans l’orientation de la décision médicale.

Alors que l’actualité fait régulièrement état des risques de piratage, qui ne cessent de croitre avec le développement de la technologie, se pose également la question de la sécurité des données, profondément liée au sacrosaint secret médical.

Si les professionnels de santé et les entreprises spécialisées dans le domaine de l’e-santé et de la télémédecine doivent nécessairement répondre de la sécurité des informations médicales, la société DeepMind, filiale de Google spécialisée dans l’intelligence artificielle, et trois hôpitaux londoniens, ont récemment conclu un accord permettant à la start-up d’accéder aux données médicales d’1,6 millions de britanniques.

Comme IBM et le développement de Watson, ou encore Apple et son application HealthKit qui devrait continuer à évoluer, l’objectif de DeepMind, tendant à créer une application permettant d’évaluer le stade de la maladie avant même l’apparition des premiers symptômes, est louable.

Cependant, les moyens mis en œuvre pour y parvenir vont incontestablement à l’encontre du principe même de confidentialité médicale édicté par Hippocrate.

Par ailleurs, avec la création de nouveaux outils de diagnostic faisant appel à l’intelligence artificielle, le sujet de la responsabilité médicale se pose de nouveau : en cas d’erreur médicale, qui est responsable ?

 

Stéphanie Dumoulin
Expert RC, Groupe GM Consultant