Rappel de produits : halte à la psychose

Alors qu’il ne se passe pas un jour sans que les médias nous alertent sur une nouvelle campagne de rappel de produits, Olivier RICHARD, expert industriel, évoque les tendances en la matière et son retour d’expérience.

 

Les communiqués sur les rappels de produits fleurissent dans les médias. Doit-on craindre pour notre sécurité ?

Non, je ne pense pas qu’il faille céder à la psychose. Tout d’abord parce que la perception que l’on peut avoir à travers les médias ne reflète pas nécessairement la tendance réelle. Cette perception peut être exacerbée par certains cas très médiatiques, comme les rappels de véhicules équipés d’airbags Takata défectueux (60 à 70 millions de véhicules) ou des téléphones Samsung Galaxy Note 7 suite à l’explosion de batteries (2,5 millions de téléphones). Ensuite, parce que les systèmes de veille, qu’ils soient à l’initiative des autorités ou des citoyens, fonctionnent de mieux en mieux et remontent davantage les problèmes de sécurité. C’est le cas notamment pour les produits alimentaires, dont l’augmentation des retraits s’explique par un renforcement des contrôles et non par une dégradation de la qualité des process de fabrication.

 

C’est donc une bonne nouvelle ?

Oui plutôt. D’autant plus que certaines campagnes ne sont pas visibles par le grand public, ni même signalées aux autorités. Mais elles traduisent une prise de conscience des industriels, qui prennent, de manière proactive, des mesures pour assurer la sécurité des consommateurs. En outre, les retours d’expérience permettent de renforcer les normes de sécurité : certains produits, conformes dans le passé, sont devenus non-conformes aujourd’hui. Ce n’est pas pour autant qu’ils sont devenus plus dangereux, mais simplement, le risque est mieux maîtrisé.

 

Et quels sont les secteurs les plus touchés par les campagnes de rappel ?

Il y a le secteur de l’agroalimentaire, pour les raisons évoquées ci-dessus (renforcement des contrôles). Sont également concernés en majorité le secteur automobile, les jouets, les vêtements et les appareils électriques. Les raisons sont assez variées : le secteur automobile par exemple est en perpétuelle évolution sur le plan technologique, ce qui génère systématiquement de nouveaux risques, le temps de fiabiliser les systèmes. Pour les jouets ou les vêtements, ce sont plutôt les risques liés à une dérive de la qualité de fabrication en grandes séries. Mais la conception des produits, contrainte par l’optimisation du coût pour le consommateur, peut également être la cause de défauts.

 

C’est là que vous intervenez dans le cadre de vos expertises ?

Tout à fait, lorsque nous sommes sollicités dans le cadre d’accidents corporels par exemple, nous mobilisons notre laboratoire interne afin d’identifier au plus vite les risques potentiels de sécurité. Nous analysons des produits neufs et/ou endommagés et recueillant les témoignages de victimes d’accidents. Cela nous permet de détecter d’éventuelles faiblesses au niveau de la conception, des défauts de fabrication généralisés, ou, a contrario, des défauts limités à certains lots de production, par exemple en cas de changement de process de fabrication ou de fournisseurs de matières premières. Dans ce cas, une analyse fine de la traçabilité permet de limiter l’étendue des campagnes de rappel.

 

Parlons du futur. Quelle évolution des risques anticipez-vous sur les prochaines années ?

Incontestablement, nous percevons une très nette recrudescence de sinistres sériels sur des biens embarquant des batteries électriques, notamment dans les Nouveaux Véhicules Electriques Individuels (NVEI) : vélos, trottinettes, hoverboards …  Comme pour les produits électroniques portables il y a quelque temps (ordinateurs, téléphones …), la forte croissance des ventes et la recherche constante de performance au niveau de l’autonomie des batteries vont nécessiter une phase de fiabilisation. Avec une contrainte supplémentaire liée aux conditions d’utilisation plus extrêmes : chocs, vibrations, conditions climatiques … De plus, la technologie Lithium-Ion permet d’emmagasiner beaucoup plus d’énergie, ce qui, en cas d’incident, peut se révéler très dangereux : risque d’incendie et d’explosion. Pour limiter les risques, il est indispensable de respecter scrupuleusement les notices d’utilisation.

 

Olivier RICHARD, Directeur Général Adjoint – Direction Technique

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