Les pirates à l’assaut du cinéma

L’industrie du cinéma vient de connaître un tournant dans l’histoire du piratage de film avec le vol de 1,5 To de données propriété de la chaine HBO, le producteur et diffuseur de la série culte « Game of Thrones ». Jusqu’à aujourd’hui, on connaissait la copie dérobée qui termine sur internet, voici venu le temps des pirates qui attaquent directement les serveurs des studios. Comment se prémunir contre le risque cyber dans l’industrie du cinéma ?

 

Le cinéma, objet de désir, connaît depuis longtemps le phénomène du piratage. Bien souvient, il suffisait de chercher une erreur humaine dans la chaîne de post-production pour remonter jusqu’à la source. Notre cabinet s’est vu confier en 2007 le cas d’un blockbuster américain piraté trois semaines avant sa sortie en salles. L’une des copies, destinées aux festivals et à la commission de classification avait été empruntée par un employé du studio qui, à son tour, l’avait prêté à son fils. Une histoire de famille chiffrée à 80 millions de dollars de pertes pour le studio.

Il existe des moyens efficaces pour remonter aux sources de telles fuites. Ainsi, le système de « tatouage » invisible appelé digital watermark identifie distinctement chaque copie. En cas de vol, une base de données permet de retrouver le fichier à l’origine de la diffusion pirate. S’il n’empêche pas le vol, ce système permet la mise en cause des détenteurs de la copie à l’origine du piratage. L’une des vertus et non des moindres de ce système est la responsabilisation de tous les acteurs de la production d’un bout à l’autre de la chaîne.

 

Plusieurs millions de dollars pour la série « Game of Thrones « 

Le cas du piratage de HBO est emblématique des nouveaux risques de la production audiovisuelle et la gestion de ce type de sinistre fait appel à de nouvelles compétences en audiovisuel et gestion du risque cyber. Les pirates qui ont hacké les serveurs de la chaine y auraient dérobé des épisodes encore non diffusés de la saison 7 de « Game of Thrones » tout comme des épisodes des séries « Ballers », « Insecure », « Room 104 » et « Barry ». Des scripts mais aussi un grand nombre de données confidentielles de l’entreprise feraient aussi partie du butin. Après avoir diffusé l’épisode 4 de la saison 7, les pirates auraient demandé une rançon de plusieurs millions de dollars en bitcoin.

Déjà en 2014, Sony Picture Entertainment connaissait un piratage massif de ses données avec une menace de mise en ligne de plusieurs films. Le phénomène risque de se répandre si l’industrie ne prend pas conscience de l’importance de se prémunir et de réagir efficacement en cas d’attaques. Pour répondre à la menace, l’expert doit à la fois évaluer les dégâts, chiffrer la perte tout en investiguant sur le piratage. Nos experts Arts et Médias et NTIC travaillent ensemble pour apporter l’analyse la plus pointue et la plus opérationnelle en cas de vol de fichiers audiovisuels. Ils sont ainsi capables de chiffrer le montant des pertes grâce à des outils de mesure. L’avenir de la création artistique et cinématographique et tout un pan économique de nos sociétés sont en jeu…

 

Fabien CHERMETTE , Expert Arts et Médias

Guillaume PARENT, Expert Arts et Médias