Le paradoxe de la sinistralité aéronautique

Le nombre de passagers transportés commercialement par avion entre 1970 et 2015 a été multiplié par 10. Sur la même période, le nombre de morts par accidents d’avion a été divisé par 2. Nous pourrions en conclure que la sinistralité aéronautique est en baisse ; c’est pourtant tout le contraire !

La sinistralité aéronautique ne se réduit en effet pas qu’aux seuls crashs dont les conséquences humaines et financières sont toujours lourdes. Elle concerne tous les segments du marché : la conception, la production, les infrastructures et l’exploitation. Chacun de ces pôles se devant de répondre aux mêmes impératifs de réglementation, de robustesse et de traçabilité.

 

Un lien direct entre sinistralité en exploitation et maîtrise de conception

Les chiffres montrent que la sinistralité du volet « exploitation » est plutôt maîtrisée. Ce résultat provient des efforts constants des compagnies et avionneurs pour accroitre la sécurité et d’une réglementation plus drastique. Il traduit surtout une grande performance de conception capable notamment de prendre en compte des cibles probabilistes de défaillance (cas des pièces tournantes, des moteurs…).

 

Moins de risque en exploitation mais plus de pression en amont…

La croissance du marché (+ 65 % d’avions civils commerciaux livrés en 10 ans) s’accompagne cependant d’énormes contraintes sur les volets production et infrastructure.

En effet, à l’exclusion de quelques gros acteurs, ce secteur est mondialement constitué d’une myriade de PMEs interdépendantes qui se partagent finalement les mêmes clients de l’aéronautique et de la défense. Ajoutons à cela les contraintes législatives et réglementaires parfois très spécifiques et l’on aboutit à une mise sous pression des différents acteurs dont la structuration logistique est, de plus, loin d’avoir la maturité de celle de l’industrie automobile…

 

… et plus de sinistres !

Proportionnellement, la sinistralité industrielle et d’infrastructure croît plus rapidement que l’évolution de l’activité du secteur aéronautique. Cette augmentation est liée aux nécessités logistiques, aux flux (de fabrication mais également de personnes et marchandises transportées) qui deviennent très tendus. Elle trouve également ses origines dans les pertes d’exploitations dans un secteur où le taux d’opérabilité d’un aéronef se situe au-dessus de 90 %…

 

L’évolution des compagnies et des experts d’assurance

Le marché assurantiel s’adapte à ces enjeux en proposant, en fonction de la position de ses clients et de leurs domaines d’activité – aviation commerciale, aviation générale, drones – des gammes de produits capables d’intégrer les risques classiquement liés à l’exploitation (et notamment à la très redoutée immobilisation au sol – AOG).

Plus en amont, sur les aspects industriels, on voit également apparaître la prise en compte d’éléments de certification dans le calcul des primes, ce qui dénote l’intérêt des assureurs vis-à-vis de la maîtrise de fabrication et de son impact immédiat sur la fiabilité des aéronefs.

Mais l’évolution la plus attendue concerne le traitement des sinistres : les contextes humains, matériels et les interdépendances financières couvrent à présent des enjeux tels que le mode de fonctionnement en projet dédié et la réactivité des équipes multidisciplinaires – et notamment celle des équipes d’experts techniques de terrain – deviennent les incontournables de la profession.

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Bernard PRIGENT
Expert Aéronautique – Groupe GM Consultant