L’Art : un traitement particulier à respecter en cas d’incendie

Les tableaux, les sculptures ainsi que tous les objets d’art peuvent être réduits à néant lors d’un incendie. Le feu provoque des dommages, mais le manque de mesures conservatoires aussi…Comment limiter les dégâts et assurer la bonne restauration du patrimoine ? Diane Maccury, nous donne les premiers éléments de réponses.

 

La double peine des œuvres : les dommages collatéraux du feu

Lorsqu’un incendie se déclare dans un lieu public ou privé contenant des œuvres d’art, toute une série de dommages sont susceptibles d’affecter les œuvres découlant plus ou moins directement de la cause du sinistre.

Prenons l’exemple de tableaux. Lors de la montée en température des lieux lors de l’incendie et à l’acidification de l’air, il peut arriver notamment que les vernis de certaines œuvres réagissent chimiquement et présentent des dégradations. Il convient dès lors de faire procéder au retrait de ceux-ci par un restaurateur spécialisé, qui réappliquera à l’issue de ses opérations un nouveau vernis protecteur.

De même, des chutes d’œuvres peuvent survenir, suite à la rupture de leurs systèmes de fixation détériorés par l’incendie. Il peut alors être observé un enfoncement de la toile, voire une perforation de celle-ci avec une perte de matières picturales, selon ce qu’elle aura heurté en tombant, sa hauteur de chute et son angle d’impact.

Les cadres peuvent ainsi présenter des dégâts pour lesquels il conviendra de faire appel à un autre restaurateur retenu entre autres selon le type de matériaux concerné.

Enfin, mais de manière non exhaustive, des dommages peuvent être consécutifs au passage des pompiers dans les lieux (renversements, impacts sur des œuvres).

Lors des premiers constats, nous observons majoritairement une « double peine », à savoir des dommages causés non seulement par les flammes ou les suies, mais également par l’eau déversée par les pompiers. Sur certaines œuvres, celle-ci peut provoquer de fait des atteintes irrémédiables. Il convient de préciser que les dégradations dépendent naturellement de la localisation des œuvres par rapport au foyer primaire de l’incendie.

 

Les mesures préventives et conservatoires : constat avant-sinistre et formation des secours

Les premières mesures conservatoires et les opérations de restaurations à diligenter découlent du type d’œuvre sinistrée et de l’étendue des dommages.

Reprenons l’exemple des tableaux. Les dommages peuvent aller d’une pollution de suies sur la surface de ceux-ci, à la découverte, à l’extrême, uniquement de restes entièrement carbonisés des œuvres présentes sur les lieux.

Dans le cadre de la restauration des œuvres après sinistre, un dépoussiérage des couches picturales, des cadres et des revers des toiles sera donc un minimum. À noter que pour l’expert saisi sur le dossier comme pour les restaurateurs qui seront sélectionnés, les constats d’état des œuvres dressés avant sinistre sont de précieux outils de travail. Ils permettent d’attester de l’état des œuvres préalablement à l’incendie, voire de l’existence de dommages antérieurs.

En conclusion, pour les lieux publics, mais aussi pour les lieux privés quand cela est possible, un exercice incendie en situation réelle reste le meilleur moyen d’anticiper les opérations à mettre en place en cas de sinistre de ce type. Et parce que rapidité ne rime pas avec précaution, il permet de sensibiliser tant les personnes présentes que les pompiers à la manipulation de ces pièces dans l’urgence, puisque selon l’intensité et l’étendue de l’incendie, une évacuation des œuvres peut être décidée.

 

Diane MACCURY, Expert Art et Précieux

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