Les nouveaux enjeux assurantiels des constructions en bois

Doit-on arrêter « d’investir dans la pierre » et commencer à « investir dans le bois » ? Est-ce la fin de la mode du « tout-béton » ? Si la facture est séduisante d’un point de vue économique, écologique, architectural et en termes de santé, l’appréhension des risques inhérents à ce nouveau mode de vie qui tend à se développer, ne doit pas être négligée ni sous-évaluée.

Depuis la Cop 21, la filière bois a trouvé un écho particulier auprès du gouvernement qui a lancé, dès 2016, de nouveaux projets auprès des collectivités, portant notamment sur la construction d’immeubles… en bois ! Et parce qu’une politique environnementale passe nécessairement par une amélioration et une modification des comportements, nos habitudes et nos modes de vie sont progressivement remaniés et adaptés aux nouveaux enjeux environnementaux.

Aussi, la filière des constructions en bois s’est progressivement développée, apparaissant ainsi comme une alternative « écologique » satisfaisante aux constructions classiques.

De nombreux avantages… et des risques certains !

Les avantages liés à ce type de construction sont indéniables avec une réduction des émissions de CO2 qui est un enjeu majeur dans la lutte contre l’effet de serre. Le bois est une ressource naturelle renouvelable grâce à une gestion forestière adaptée. Son utilisation nécessite peu de matières premières et d’énergie ce qui permet de baisser à la fois les coûts et la pollution. Le bois séduit les propriétaires par la possibilité de construire une habitation avec un budget réduit tout en s’inscrivant dans une démarche bioclimatique.

Les assureurs peuvent s’attendre au développement de ce nouveau mode d’habitat et s’interroger sur les nouveaux risques liés à ces constructions et à la réponse assurantielle qu’il convient d’y donner.

En effet, le nombre de risques à prendre en compte peut facilement concurrencer les avantages évoqués précédemment, tant pour les particuliers que pour les entreprises.

Humidité, termites, champignons et risques liés aux interventions des entreprises spécialisées

L’un des principaux risques est l’humidité avec la recrudescence d’événements climatiques.

Si certains spécialistes font état d’une hausse de la fréquence des évènements climatiques, consécutifs au réchauffement de notre planète (intempéries avec précipitations exceptionnelles,  crues des fleuves et des cours d’eau…), les impacts de tels évènements sur des constructions sensibles à l’humidité ne peuvent être ignorés.

Par ailleurs, le développement des constructions en bois – comme à l’époque, le développement des panneaux photovoltaïques – entraîne une hausse rapide du nombre de nouvelles entreprises spécialisées dont le manque de qualification et de savoir-faire du personnel peuvent parfois poser problème. L’importance de l’entretien des constructions en bois nécessite des interventions régulières de prestataires, redoublant ainsi les risques.

Enfin, des désordres inhérents aux spécificités du bois tels que les risques biologiques, termites ou champignons, doivent être pris en compte, notamment en fonction de la région d’implantation et de l’origine du bois.

Des suites d’incendie qui peuvent être plus couteuses

Contrairement aux idées reçues, le risque incendie n’est pas supérieur pour ce type de construction mais le coût des sinistres peut, en revanche, s’avérer bien plus élevé que pour les constructions classiques.

Quand un début d’incendie dans une habitation classique aurait nécessité des réparations partielles, la même typologie de sinistre dans une habitation en bois peut entraîner des travaux beaucoup plus importants. Dans une récente affaire, il a été nécessaire de détruire puis reconstruire une villa en raison de la fragilité de la poutre centrale. Une solution qui a engendré des coûts très importants.

Maîtrise et savoir-faire, provenance et traitement des matériaux, information des professionnels et des particuliers, autant d’enjeux qui paraissent essentiels notamment depuis l’annonce de la construction en bois d’immeubles de grande hauteur (IGH). Le développement de ce secteur d’activité constitue un véritable pari d’avenir dont les enjeux assurantiels sont à prendre en compte.

 

Stéphanie DUMOULIN, Expert Industries et Services

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