Magnus : quand le monde de l’art rencontre le Big Data

Cette application annoncée comme le Shazam de l’Art par les médias permet à partir d’une simple  photographie d’accéder à l’origine et l’histoire d’une œuvre. Une révolution dans le monde de l’art et de nouveaux risques assurantiels en perspective…Zoom sur Magnus, l’application à deux facettes.

 

Une base de données unique dans le monde de l’art

La couleur est annoncée dès l’entrée dans l’univers de Magnus, sur leur site internet : « Our mission is to democratize access to the art world ». Voici l’ambitieuse mission qu’a entreprise Magnus Resch, jeune entrepreneur allemand, en créant et en développant l’application Magnus.

Le lancement de cette application a nécessité un travail titanesque de collecte des données, notamment auprès des galeries, des maisons de vente, mais aussi auprès de « collaborateurs », sur le modèle de Wikipédia.

Grâce à ces données, il suffit à l’utilisateur de prendre en photo l’œuvre qu’il admire dans un musée ou une galerie, via l’application. C’est à cet instant que la magie opère : quelques secondes plus tard, s’affichent plusieurs informations, dont :

  • Le titre de l’œuvre,
  • Le nom de l’artiste,
  • Son histoire

Et, plus intéressant encore, l’application fournit les derniers résultats de ventes aux enchères pour des œuvres similaires, leur présence dans des galeries alentours, puisqu’une partie du fonctionnement de Magnus repose, en plus de la collaboration, sur la géolocalisation.

 

Source d’informations ou de risques ?

Au cours de nos expertises, particulièrement en art et précieux, nous devons évaluer, comparer, chiffrer les œuvres. La base de données que représente cette application nous serait d’une grande aide lors de nos investigations pour trouver des éléments en direct et nous faire ainsi gagner un temps précieux.

Toutefois, malgré l’utilité de ces informations à portée de smartphone, plusieurs problèmes se posent. Les données proposées par Magnus concernent exclusivement l’art contemporain, pour l’instant à New York ; elles seront bientôt étendues à Londres et à Berlin. Le marché de l’art contemporain est, depuis une décennie, en progression continue, produisant des résultats toujours plus impressionnants, sans que l’on sache quand cette bulle spéculative trouvera ses limites, ou explosera. Connaissant les dérives de ce marché, que peut-on attendre d’un système de données aussi important le concernant ?

Les réponses sont multiples, mais elles concernent essentiellement les deux principales fonctionnalités de l’application, à savoir la collaboration et la géolocalisation.

Comment contrôler un tel volume d’information tout en sachant que chacun peut y contribuer ? Le risque que des informations concernant des œuvres acquises par des collectionneurs particuliers se retrouvent publiques est loin d’être négligeable.

Les conséquences seraient nombreuses. Couplées à la géolocalisation, ces informations sur une œuvre possédée par un particulier pourraient susciter des tentations, et faciliter notamment les vols.

Au regard de ces éléments, l’assureur devra se réinventer,  proposer de nouvelles garanties pour limiter ce risque, tandis que le législateur devra, quant à lui, statuer sur le contrôle et les recours possibles à l’encontre des créateurs de ces nouvelles applications et de leurs contributeurs.

Magnus a deux facettes. L’une représente un outil pour l’expert, une base de données supplémentaire ; l’autre représente une source de risque. Dans les deux cas, l’expert devra apprendre à maîtriser ces nouveaux outils, tant pour servir ses compétences que pour prévenir des risques qui y sont associés.

 

Camille BONNET & Diane MACCURY, Experts Art et Précieux

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