Inondations : improvisation interdite !

L’impact financier des inondations atteint des records : environ 33 milliards d’euros en 2011 en Thaïlande et plus d’1 milliard d’euros en France au printemps 2016. Malgré des conséquences économiques lourdes, nous constatons régulièrement sur le terrain que les entreprises sont très peu sensibilisées et mal préparées face aux inondations. Petit tour d’horizon des mesures de vigilances pour se prémunir contre ce risque.

De fin mai à début juin 2016, une partie de l’Europe est touchée par de graves inondations s’ajoutant aux catastrophes naturelles en constante évolution ces dernières années : ouragan Katrina en 2005, tempête Xynthia en 2010, tempêtes de 2011 en Thaïlande, ouragan Sandy en 2012… Certaines inondations ont des cycles récurrents (mousson, cyclones, orages violents), d’autres peuvent résulter de la conjugaison de plusieurs phénomènes (forte houle et coefficients de marée élevés) néanmoins il est incontestable que l’activité humaine aggrave ce type de risque. En effet, la présence de bâtiments en zone inondable et les aménagements du territoire (voiries, modification des cours d’eau, déforestation…) est dans la plupart des cas en cause lorsque des inondations se produisent.

L’industrie directement concernée

Dans un monde de plus en plus interdépendant, l’analyse de ce type de risque ne peut plus uniquement porter sur l’entreprise elle-même : c’est l’ensemble de la chaine de création de valeur en amont et en aval de l’entreprise qu’il convient d’analyser. Il s’agit là, en effet, d’un des enseignements majeurs des inondations de 2011 en Thaïlande. Lors de ces événements d’une ampleur exceptionnelle qui ont perduré plusieurs mois, ce ne sont pas  seulement les populations et les entreprises implantées localement qui ont été touchées.  Des centaines d’entreprises à travers le monde se sont retrouvées subitement privées de leurs approvisionnements en composants électroniques ou en pièces destinées à l’industrie automobile pour ne citer que ces deux exemples.

Le manque de vigilance des entreprises face aux inondations peut s’expliquer par plusieurs facteurs : des sinistres moins fréquents, la difficulté d’appréhension du phénomène et le manque d’information sur les moyens de prévention.

Mesures de prévention et dispositif d’urgence

Aujourd’hui, la technologie est capable de collecter des données satellitaires de haute résolution permettant de mesurer l’humidité des sols ou le développement des plantes. Des informations utilisées dans le secteur de l’assurance pour constituer des cartographies de zones inondables. Certains assureurs vont même plus loin en lançant de nouveaux produits tels que l’assurance paramétrique qui existe depuis 2014. Cette offre basée sur l’utilisation d’un paramètre corrélé à un dommage ou à une perte pour un assuré, permet notamment d’assurer l’impact climatique sur les performances d’une entreprise.

Quelques actions de prévention peu coûteuses, eu égard aux conséquences économiques peuvent être mises en place : installation de digues mobiles, de batardeaux… Les matériels et installations techniques les plus sensibles peuvent être, par exemple, implantés dans des zones qui seront hors d’eau (étages supérieurs, mezzanine, surélévation des équipements ou du mobilier…).

En cas de sinistre d’inondation, il est notamment important de mettre en place des mesures conservatoires appropriées dans les meilleurs délais afin de limiter les dommages et permettre une reprise rapide de l’activité. La réactivité demeure primordiale car les dommages seront sensiblement réduits en cas d’assainissement et décontamination dans les 24 à 48 heures après le sinistre.

Par la suite, un diagnostic technique devra être effectué afin de déterminer les biens pouvant faire l’objet d’un sauvetage. Pour cela plusieurs facteurs doivent être pris en compte :

  • possibilité technique de décontaminer le bien,
  • coût de la décontamination,
  • coût du remplacement du bien,
  • criticité du bien à décontaminer, certains biens étant en effet trop sensibles pour être décontaminés bien qu’ils soient techniquement et économiquement récupérables.

Un seul constat s’impose : face à la multiplication de ce type d’événements, l’improvisation n’est pas permise. L’anticipation et la gestion proactive sont primordiales. Une entreprise avisée ayant su s’entourer des bonnes compétences limitera considérablement les impacts de ce type de risque et reprendra plus rapidement son activité.

 

Marouane LOUDIYI, Expert Industries & Finance