Le monde de l’expertise face aux manifestations citoyennes

La désobéissance civile est un sujet vaste et protéiforme, présent aux quatre coins du monde. L’Hexagone n’en est pas exempt. Souvenez-vous. Le 17 novembre 2018 a lieu le premier acte d’une longue série de mobilisations du mouvement dit des Gilets Jaunes. S’en suivent des journées de violence à Paris et dans d’autres grandes villes. Au 2 décembre 2018, la capitale, à elle-seule, estime à plus de trois millions d’euros les dommages causés.  

Coûteux, d’ordre matériels et immatériels, les incidents engendrés par les différentes manifestations citoyennes posent des questions inédites aux compagnies d’assurance et professionnels de l’expertise. Au centre de cette problématique :  la perte d’exploitation. 

 

Du matériel à l’immatériel, la perte d’exploitation 

Les dommages en marge des manifestions des Gilets Jaunes sont à la fois matériels et immatériels. Matériels, car ils concernent par exemple des voitures brûlées, des vitrines brisées, des magasins pillés et autres actes de vandalisme. Immatériels, car ces sinistres entraînent des préjudices moraux et financiers à l’instar des pertes d’exploitation. Un enjeu supplémentaire pour le monde de l’expertise où l’adaptation est primordiale.  

Factuellement, la perte d’exploitation est la perte de revenus d’une entreprise suite à un aléa impactant négativement son activité normale. Classiquement, elle nécessite l’existence d’un dommage matériel dans les lieux assurés, ainsi que le lien entre perte d’exploitation et ce dommage matériel.  

Dans le cas des dommages liés au mouvement des Gilets Jaunes, ce n’est pas sans importance. En effet, certaines entreprises ont subi des fermetures préventives : la préfecture leur a enjoint de cesser leur activité de façon provisoire, par mesure de précaution du fait des manifestations. Elles ont donc, de fait, bien souvent subi une perte d’exploitation. Une tendance récurrente, en témoigne l’émergence d’autres mouvements citoyens en France à l’heure actuelle. 

 

A l’heure de la désobéissance civile 

Alors que la mobilisation des Gilets Jaunes s’est tassée avec le temps, d’autres revendications ont pris le relais, pour le climat par exemple. C’est notamment le cas du mouvement Extinction Rebellion (XR). Dernier fait en date, le samedi 5 octobre 2019 au centre commercial Italie 2 dans le 13ème arrondissement parisien. Vers 10 heures, les premiers manifestants contraignent les magasins à fermer boutique.  

Une nouvelle fois, l’expert fait face à une demande de perte d’exploitation, résultante de dommages matériels. Initialement pacifique, cette occupation des lieux témoigne malgré tout de stigmates bien visibles. Des vitrines fissurées, des devantures vandalisées de tags anticapitalistes ou encore des magasins dévastés, autant d’éléments synonymes de mobilisation d’un expert, dans le sillage des incidents liés aux Gilets Jaunes.    

 

Les nouvelles questions qui se posent au monde de l’expertise 

Par le biais de ces manifestations citoyennes et inédites, la perte d’exploitation revêt des dimensions plurales aux origines et conséquences diverses. De la fermeture préventive par la préfecture aux actes de vandalisme, le commerçant assuré demeure la première victime de la situation. Et pourtant,le monde de l’assurance observe que les assurés s’avèrent éminemment favorables à la mise en place de ces dispositifs préventifs. Le but n’en est pas moins d’endiguer la survenance de nouveaux dommages et ainsi limiter l’escalade des coûts.  

Au fil des semaines et des mois, le caractère répété des incidents influe sur les calculs d’indemnisation. Ces derniers se retrouvent complexifiés par cette régularité hebdomadaire depuis presque un an. Suivant ces facteurs, l’expert doit faire face à certaines problématiques, avec l’aval des assureurs. Dès lors se pose la question de la fréquence des incidents et donc des évaluations. Calculs globaux, par semaine ou par week-end, autant de contraintes supplémentaires qui ne saurait limiter l’importance de l’expert. Quelques chiffres pour comprendre l’étendue des dommages.  

Au mois de mars 2019, plus de 10 000 déclarations de sinistres ont été recensées par les assureurs dont 4 000 pour des commerces et entreprises. Dans sa globalité, l’estimation des experts a permis un dédommagement à hauteur de 180 millions d’euros avant le 16 mars, date de l’incendie du célèbre Fouquet’s.

 

Depuis longtemps, le monde des services à l’assurance n’a pas été confronté à un mouvement d’ampleur semblable à celui des Gilets Jaunes et plus récemment celui d’Extinction Rebellion. A la suite de ces manifestations citoyennes, différents secteurs de l’expertise se mobilisent, au niveau du reporting des dossiers notamment. Un travail conjoint et transverse entre des équipes spécialisées, disponibles, réactives aussi bien dans le domaine du bâtiment que des marchandisesCe travail aboutit sur l’émission d’un quantum à destination des compagnies d’assurance, un premier pas vers le dédommagement.  

 

Maxime DUBOIS, Expert

TGS | Groupe Stelliant

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