Les drones, une technologie qui bouleverse le monde de l’assurance

Nouvel acteur de l’espace aérien, le drone ne cesse de se diversifier. Conséquence : la sinistralité liée à ses usages augmente. A tel point que, après plusieurs années de travail, l’Union Européenne vient de se doter d’une première réglementation commune sur l’usage des drones – effective dès juillet 2020.  

Diversité des usages et caractéristiques techniques des drones  

Techniquement, la modularité du drone lui permet de s’adapter à toutes les situations, ce qui entraîne une diversification de son utilisation. L’utilisation professionnelle de ces engins s’est aujourd’hui largement répandue, augmentant ainsi les risques et la diversité des sinistres 

Toujours plus utilisés dans le domaine audiovisuel, les drones sont aujourd’hui présents dans celui du génie civil (mesure, contrôle et inspection), de la sécurité (drones de surveillance utilisés par les pompiers, recherches et sauvetages en montagne/mer, forces de l’ordre ou sociétés privées), ou encore de l’agriculture (surveillance des cultures, épandage…). Couplé à des appareils scientifiques de pointe, le drone devient également un outil important pour la recherche, par exemple au CNRS. 

Cette diversité d’application s’accompagne d’une évolution tout aussi large des caractéristiques techniques des machines censées les accomplir. Les drones se miniaturisent et se dotent, par exemple, de boucliers antichocs pour accéder à des zones confinées ou dangereuses. A l’inverse, ils peuvent prendre aussi des dimensions très importantes en s’équipant de nombreux moteurs (6,8,16) pour embarquer des matériels toujours plus lourds et imposants 

Par ailleurs, les drones grands publics connaissent eux aussi d’importantes évolutions, avec en particulier une amélioration des éléments de sécurité et d’assistance (capteur anticollision, parachutes, assistance de vol etc.). A tel point qu’aujourd’hui certains modèles sont en mesure d’effectuer de nombreuses missions en vol automatique, c’est-à-dire sans intervention directe du télépilote. 

 

Les impacts sur l’assurance 

L’apparition du drone a contraint les assureurs à une certaine agilité dans l’élaboration de leur police d’assurance. Tandis que la première réglementation du drone voit le jour en 2012, ce n’est qu’à partir de 2015 qu’une réflexion assurantielle autour du drone émerge. L’utilisation croissante des drones s’est accompagnée de l’arrivée de nouveaux risques, pas toujours appréhendables du fait d’un manque de recul et de données statistiques sur cette activité (en RC ou Dommage). 

L’année 2016 a été particulièrement productive en matière de réglementation dédiée au drone, améliorant l’encadrement de cette activité. L’arrivée prévue en 2020 d’une réglementation européenne, largement inspirée de la réglementation française, tend à harmoniser les règles entre les différents Etats de l’UE, mais aussi à définir les différentes catégories de machines, leur utilisation et leur enregistrement.  

Concrètement, les différentes causes de sinistralité, la technicité des matériels à assurer et leurs valeurs marchandes sont autant d’éléments qui compliquent l’évaluation du risque pour les compagnies d’assurance. À titre d’exemple, les batteries, qui sont considérées comme des accessoires consommables destinés au fonctionnement d’un drone, revêtent une telle importance technique et financière que les compagnies ont dû prendre des mesures spécifiques les concernant. 

En parallèle, les assureurs sont de plus en plus sensibles au respect de la réglementation par leur assuré en la matière. Ainsi, ils seront probablement amenés à jouer un rôle important dans la vérification, le respect et l’application des normes réglementaires par les professionnels du secteur.  C’est pourquoi la nécessité de développer un produit spécifique à cette activité s’est imposée pour nombre d’entre eux. 

 

Utilisation et avenir des drones dans l’expertise  

L’utilisation des drones dans le milieu de l’expertise s’est imposée d’elle-même avec l’évolution de la technologie. Elle permet de gagner en sécurité, et en efficacité. Les avantages présentés par le drone ne s’arrêtent pas là : son utilisation entraîne en effet une réduction considérable des coûts d’expertise, et permet d’améliorer significativement la sécurité des personnes et des biens. Techniquement, le drone apporte un nouvel angle de vision, et offre des possibilités d’accès à des zones habituellement inaccessibles par leur hauteur ou leur dangerosité, en faisant un outil précieux dans les zones touchées par des événements de grande ampleur. 

Le drone bénéficie en outre de fortes volontés d’innovation. Ainsi, certaines sociétés se sont lancées dans le développement de drones terrestres, dans un registre applicatif différent ou complémentaire du drone aérien. Des drones sous-marins commencent également à apparaître ; si les champs d’applications de telles technologies restent encore à définir, les possibilités sont immenses.  

Exemple de recours à un drone

Dans le cadre d’une expertise de la toiture de deux hangars couverts de panneaux photovoltaïques et touchés par un sinistre d’ampleur, l’usage du drone s’est avéré indispensable. Le recours au drone a en effet permis d’éviter l’utilisation d’une nacelle élévatrice et l’évolution des opérateurs d’expertise sur une surface non destinée à les accueillir, assurant leur sécurité. La toiture a donc été balayée par le drone, fournissant les informations précieuses et nécessaires au travail de l’expert, capable de donner ses instructions au pilote en temps réel en fonction des observations réalisées. 

© @gm.consultant

 

Face au succès et aux perspectives offertes par l’utilisation des drones en expertise, de nouveaux modèles sont à l’étude ; enrichis d’une caméra thermique ou avec un zoom x30, ces drones nous permettraient de gagner encore en précision et en efficacité 

Ajoutons cependant qu’un certain nombre de coûts sont également à prévoir avec le développement de ces nouvelles technologies : formation d’un personnel qualifié, achat et remplacement de consommables onéreux, entretien et maintenance, etc. Les applications cibles supposeront donc des investissements conséquents, et d’importants changements dans les pratiques, bouleversant les méthodes actuelles de travail. Un changement de cadre est donc à venir, à la fois dans les pratiques et dans la réglementation. Cet élément sera déterminant quant aux futures possibilités offertes aux acteurs du marché de l’expertise. 

 

Sylvain Dupuis, Expert NTIC

Retrouvez son univers de compétence