Construction : le BIM en plein BOOM

Cet acronyme vient de l’anglais « Building Information Modeling » qui se traduit par Modélisation des Informations (ou données) du Bâtiment / de la Construction. Largement démocratisé ces dernières années, le BIM fait émerger de nouveaux risques et de nouvelles responsabilités dans un secteur resté longtemps à l’écart des nouvelles technologies.

Le BIM se définit par des méthodes de travail et une maquette numérique paramétrique 3D qui contient des données intelligentes et structurées. C’est ce partage d’informations fiables tout au long de la durée de vie d’un bâtiment ou d’infrastructures, de leur conception jusqu’à leur démolition, en passant par l’exploitation des lieux, qui rend ce concept des plus intéressants.

 

Un concept pas si novateur, mais à fort potentiel

Les logiciels de modélisation et de conception sur ordinateur CAO/DAO existent depuis les débuts de l’informatique. Le BIM doit sa démocratisation à l’évolution des ordinateurs et l’augmentation des vitesses de calcul doublées d’une volonté sociétale et d’une politique de préservation de l’environnement. Il constitue un levier de croissance économique très important dans un secteur de la construction réputé peu enclin au changement et aux nouvelles technologies.

En Angleterre, un des pays les plus en avance dans le domaine, l’on envisage que la construction ne doit pas améliorer ses méthodes de travail, mais les changer radicalement. Dans ce contexte, le BIM possède de multiples avantages en réponse à ces nouvelles méthodes, car les analyses-contrôles-visualisation sont effectuées très tôt dans l’étude d’un projet, offrant ainsi une conception de meilleure qualité et la détection des problèmes avant la mise en chantier. Grâce à la maquette numérique constamment tenue à jour, les coûts de construction sont mieux maîtrisés avec l’utilisation d’extraits des éléments de la maquette en temps réel. La qualité des bâtiments se trouve globalement améliorée grâce aux différentes analyses, synthèses entre corps d’états et simulations effectuées à un stade précoce du projet, avant que les coûts des modifications n’engendrent trop de répercussions sur le budget total du projet.

 

Une baisse de la sinistralité et un nouveau cadre juridique

Dans un système collaboratif tel que le BIM, la difficulté majeure consiste à déterminer les responsabilités en cas de sinistre. Ainsi, le BIM manager, ce nouvel acteur de l’opération de construction, pourrait voir uniquement sa responsabilité délictuelle/contractuelle engagée en cas de prestation relative à l’accompagnement d’un maître d’ouvrage, mais aussi sa responsabilité décennale s’il intervient de manière effective dans la conception de l’ouvrage.

Le maître d’ouvrage qui n’est, pour le moment, pas considéré comme un constructeur au sens du Code civil pourrait le devenir s’il revêt le rôle de BIM manager. Il en va de même de la responsabilité des éditeurs de logiciels et des prestataires de services informatiques.

L’utilisation de la maquette numérique pourrait aussi engendrer de nouveaux sinistres liés à la superposition des différentes tâches, la modification ou suppression de données informatiques, le piratage, ce qui compliquerait la détermination des responsabilités entre intervenants.

Les polices d’assurance ont vocation à évoluer et à s’adapter suite à l’apparition de nouveaux risques et de nouveaux acteurs, mais également en fonction de la réduction de la sinistralité engendrée par une meilleure concertation des différents intervenants sur le chantier.

Corollairement et vis-à-vis de la propriété intellectuelle, d’autres défis juridiques et assurantiels sont soulevés comme le statut de la modélisation BIM, juridiquement encore à définir.

Dans les années à venir, d’autres standards pourraient émerger notamment en provenance des pays anglo-saxons, où le concept de « jumeau numérique« ,  permet d’anticiper les opérations de maintenance, grâce à l’analyse des données intelligentes. L’industrie du bâtiment et de la construction, jusqu’alors en retrait, pourrait à son tour se faire rattraper par la course à l’imposition d’un standard mondial et à la collecte d’une immense base de données que de nouveaux acteurs, des start-ups pour la plupart, pourraient utiliser pour des usages encore non inventés à ce jour. Cela nous rappelle que la collecte des « data » et leur exploitation sont actuellement au cœur des enjeux technologique et économique de demain.

 

Jean Baptiste BRODE, Expert Construction