La bulle Aristophil : un montage financier polémique

Breton, Sade, Aragon…une collection de manuscrits au cœur d’un scandale financier. Le redressement judiciaire de la société Artistophil, pose la question de la fraude dans l’Art. Décryptage de l’opération financière.

Le 20 décembre 2017, se déroulait à l’Hôtel DROUOT, la vente inaugurale des collections Aristophil. Parmi elles, des œuvres et des auteurs phares, « Les 120 journées de Sodome ou l’école du Libertinage » rédigé par Le Marquis de Sade, ou encore « Le Manifeste du Surréalisme » d’André Breton, mais aussi des manuscrits et des correspondances d’Aragon, Kessel, Gauguin, Proust, Monet, Char, etc.

Dernier recours de la liquidation judiciaire de cette société pour permettre aux quelques 18 000 propriétaires indivis, essentiellement des particuliers, d’obtenir remboursement d’une partie de leurs 850 millions d’euros d’investissements.

Le placement était pour le moins intéressant : investir et capitaliser dans les livres et manuscrits anciens avec un rendement de 8 à 9 % par an, dans le cadre d’indivisions, et avec la perspective d’une plus-value confortable lors de la revente à moyen terme.

Malheureusement, le 16 février 2015, le rêve s’arrête avec le redressement judiciaire de la société Aristophil et se termine avec la vente aux enchères du fonds de manuscrits.

La mécanique révélée lors de la procédure collective laisse d’ailleurs penser à la réalisation d’une pyramide de Ponzi ; un système frauduleux, notamment utilisé par Bernard MADOFF, dont le financement repose essentiellement sur l’arrivée de nouveaux investisseurs dont les capitaux vont permettre de rémunérer les anciens et de soutenir l’illusion de forte rentabilité de l’opération.

Quels recours restent-ils pour les victimes ?

Certes, des courtiers ont pu intervenir pour présenter les offres Aristophil comme un placement sûr et rentable, de sorte que leur responsabilité civile – et la garantie de leur compagnie d’assurance – pourrait être recherchée.

De même, les entreprises qui ont pu investir pourraient-elles également vérifier si cet événement entre dans le périmètre de leur garantie contre la fraude. Toutefois, les chances apparaissent limitées aux seuls événements et modes opératoires décrits dans leur police.

D’autant qu’elles demeurent propriétaires de parts indivises de manuscrits anciens, dont le prix a, certes, pu être surévalué.

 

Laurent MICHEL, Expert Finance et Services