Matériaux biosourcés : nouveaux matériaux, nouveaux risques ?

Depuis une dizaine d’années,  les matériaux dits « biosourcés »,  c’est-à-dire issus de la biomasse animale ou végétale, sont de plus en plus présents sur les chantiers de construction et grignotent des parts du marché confort thermique. Ces écomatériaux considérés comme plus sains nécessitent toutefois une vigilance accrue sur la sécurité incendie.

 

Des traitements spécifiques afin de réduire les risques

Ces matériaux biosourcés, pour la plupart provenant de techniques ancestrales et régionales, n’ont contrairement à ce que l’on serait tenté de croire, pas automatiquement un bilan carbone nul. En effet, même s’ils ont l’avantage de privilégier les circuits courts et participent au stockage du CO2 pour les produits d’origine végétale, ils nécessitent pour la plupart une transformation industrielle et l’addition de produits chimiques pour assurer un comportement au feu permettant leur utilisation comme matériaux de construction. C’est notamment le cas de la laine de mouton, la ouate de cellulose, la paille ou encore les textiles recyclés devant faire l’objet d’un traitement spécifique pour améliorer leur réaction au feu sans compter des traitements spécifiques éventuels au regard de leur risque de dégradation vis à des termites, des moisissures ou encore des mites.

Une autre technique permet de réduire, dans le cadre d’un système constructif adapté, les performances des matériaux en termes de réaction au feu : l’ajout d’un écran coupe-feu, qui peut d’ailleurs être en bois. Même dans la réglementation incendie des E.R.P. (établissements recevant du public) qui est très contraignante, un guide d’emploi des isolants combustibles dans E.R.P. est annexé à l’arrêté du 6 octobre 2004.

 

Un cadre législatif régulièrement mis à jour

L’isolation en façade doit faire l’objet d’une attention particulière afin d’éviter des drames comme celui de la tour Grenfell à Londres victime d’un incendie meurtrier. Dans l’hexagone, les règles de construction des façades (IGH1 et ERP) sont régies par l’Instruction Technique n°249 qui a été modifiée dès 2010 pour prendre en compte les nouveaux systèmes constructifs d’isolation des façades qui prenaient en compte de plus en plus l’utilisation des matériaux biosourcés.

La filière bois qui utilise ce type de matériaux d’origine naturelle en isolation des panneaux à ossatures bois est la plus active dans le domaine et un guide réalisé par le CSTB2  a été publié en juillet 2016 afin de proposer des solutions constructives bois pour maîtriser la propagation du feu en façade. Ce document a valeur d’appréciation de laboratoire en application de l’IT 249.

Les bâtiments d’habitation ont quant à eux, et principalement pour les petits collectifs et les maisons individuelles, une réglementation qui impose l’utilisation de matériaux possédant une justification de réaction au feu par l’essai en laboratoire agréé.

Du point de vue assurantiel, cette notion, et notamment la mise en œuvre de procédé dit de « technique courante3 », est importante pour l’application de la garantie décennale des polices des constructeurs. A défaut, un examen au cas par cas des procédés mis en œuvre en « technique non courante » devra être réalisé entre l’assureur et le constructeur.

Il n’existe donc pas de frein particulier à la mise en œuvre de ces nouveaux matériaux dits biosourcés à condition de respecter les règles de mises en œuvre idoines et régulièrement mise à jour sous l’impulsion des acteurs du marché.

 

Jean Baptiste BRODE, Expert responsable spécialité Construction

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1 Immeubles de grande hauteur

2 Centre Scientifique et Technique du Bâtiment – en partenariat avec le FCBA

3 selon la FFSA se sont les produits sous avis technique (ATec) ou document technique d’application (DTA) non mis en observation par la Commission prévention produits (C2P) ainsi que les règles de mise en œuvre NF (DTU) ou de règles professionnelles validées par la C2P