Affaire Aristophil : les premiers rebondissements judiciaires

Le dossier du scandale financier Aristophil autour de la vente de célèbres manuscrits se poursuit avec un volet judiciaire. Comment vont être indemnisés les 18 000 souscripteurs de contrats ? Quelques pistes d’analyse à la lumière des premières décisions de justice.

 

Retour sur l’affaire Aristophil

L’affaire démarre avec un montage financier mis en place par la société Aristophil qui propose des placements dans les livres et manuscrits anciens. Une procédure collective révèle un système proche d’une pyramide de Ponzi : les nouveaux investisseurs permettent de rémunérer les anciens et soutiennent l’illusion d’une rentabilité. L’opération financière est décryptée par Laurent Michel notre expert finance dans son article : La bulle Aristophil : un montage financier polémique .

Le 16 février 2015, la société Aristophil est placée en redressement judiciaire puis au mois d’août suivant en liquidation judiciaire. Fin 2017, le fonds de manuscrits est mis aux enchères lors d’une première vente publique.

 

Un recours compliqué pour les souscripteurs

Plus de 18 000 souscripteurs ont investi via des contrats en pleine propriété ou par le biais d’indivisions pour un montant total d’environ 850 millions d’euros. Plus de 130 000 manuscrits avaient ainsi été collectés par la société, constituant la plus importante collection au monde.

Les souscripteurs n’en auraient pas détenu la garde puisqu’il s’agissait avant tout de parts en tant que placements financiers. Dès lors, la souscription d’assurance spécifique à ce type de bien ne semblait pas une évidence.

De plus, la valeur des biens proposés via ces contrats aurait été surévaluée tant en prix d’achat que de revente, promettant aux épargnants des rendements illusoires, déconnectés des prix du marché.

Enfin certains biens auraient été acquis en propre par la société.

 

Les premières décisions des instances publiques

Un premier rebondissement est survenu dans l’affaire, suite aux assignations délivrées par l’avocat d’un collectif de victimes : deux établissements financiers sont également poursuivis devant le Tribunal de Grande Instance de Paris.

Quant à la liquidation judiciaire des biens collectés, après huit mois d’inventaires, une première vente aux enchères s’est déroulée à la fin de l’année dernière.

Il est estimé par le commissaire-priseur chargé de la coordination des ventes par le Tribunal pas moins de six années pour la dispersion des biens aux enchères, en plus de 300 sessions. Et il est plus que probable que les épargnants ne retrouvent pas leurs investissements d’origine à l’issue de ces ventes, suite aux fluctuations artificielles du marché ces dernières années.

On peut s’interroger aussi sur le rôle qu’aura l’État au cours de ces ventes, usant de son droit de préemption aux enchères publiques ou d’un classement tardif de certains manuscrits en trésors nationaux. Ainsi, le retrait de deux lots phares juste avant la première vente n’abonde pas vraiment dans le sens des victimes.

 

Diane MACCURYExpert Art et Précieux

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