Accidentologie routière : focus sur les mesures conservatoires

Vitesse élevée, météo difficile, fatigue du conducteur, défaillance mécanique… Le rôle d’un expert accidentologue est d’analyser chaque piste afin de déterminer techniquement les causes d’un accident de la circulation en se basant sur l’étude H.V.E.

Antoine Jarry, notre expert accidentologue, nous décrit sa méthode d’investigation.

 

Qu’est-ce que l’étude H.V.E ?

L’étude d’un accident de la route comprend plusieurs étapes qui s’articulent autour du triptyque H.V.E : Homme, Véhicule, Environnement. Lors de ces opérations d’expertise, l’accidentologue applique une méthodologie détaillée afin de relever et de prendre en compte tous les paramètres présents lors d’une collision. L’ensemble de ces constats vont permettre d’établir les mesures conservatoires.

 

L’analyse du comportement humain

L’état physique et physiologique du conducteur est le premier élément à déterminer. Au moment du choc, le conducteur peut se trouver sous l’emprise de l’alcool, de stupéfiants ou de médicaments.

Exemple : dans un dossier récent, un motard a percuté une voiture alors qu’il présentait dans ses analyses toxicologiques un surdosage d’antidouleurs. Quelle influence cela a-t-il eu sur sa conduite ?

Le stress et la fatigue peuvent également intervenir dans la genèse d’un accident. Il est donc important de recueillir la perception des différents protagonistes afin d’avoir la vision la plus détaillée possible des actions humaines avant, pendant et après le choc.

 

L’examen du véhicule accidenté par l’accidentologue

Cet examen est effectué en plusieurs étapes allant de l’analyse de la carrosserie jusqu’à celle de la ceinture de sécurité.

L’expert démarre par un tour complet du véhicule dans le but d’évaluer son état général avant le choc, en repérant les traces éventuelles de sinistres antérieurs ou de modifications après l’accident, souvent dues aux conditions d’enlèvement et de stockage du véhicule. Les photos prises par les forces de l’ordre à leur arrivée sur le lieu de l’accident permettent d’effectuer des comparaisons. Cette phase d’observation est suivie par la caractérisation du choc qui s’appuie sur l’utilisation d’un code basé sur des normes ISO et SAE* (*ISO 12353-1, norme SAE J224). Le code CDC (collision, déformation, classification) donne avec précision toutes les informations sur le choc du véhicule à travers une série de lettres et de chiffres (voir document).

Une mesure des déformations est réalisée, ceci afin de déterminer les énergies engagées lors de la collision.

De précieuses informations se trouvent également à l’intérieur des boîtiers électroniques du véhicule. Le calculateur d’airbag peut indiquer la vitesse d’impact exacte lors du choc (information figée) et un examen de la ceinture de sécurité permet de déterminer si la personne était attachée ou non.

L’électronique embarquée, notamment avec l’avènement de la voiture autonome, apportera de plus en plus d’informations en livrant de nombreux paramètres de conduite.

L’examen du véhicule se termine par un contrôle de l’état mécanique : conformité des pneumatiques, train roulant opérationnel, vérification de l’éclairage, contrôle des différents niveaux d’huile moteur, de liquide de refroidissement ainsi que de liquide de frein.

 

L’environnement, un facteur clé pour la recherche de causes

Sur les lieux de l’accident, l’expert tente d’analyser les conditions du choc. La chaussée était-elle glissante ? Un panneau de signalisation réduisait-il la visibilité ?

La première étape est de déterminer le coefficient d’adhérence de la chaussée et de relever les mesures géométriques (montée, descente, etc.). Il est aussi possible d’identifier sur le sol des marques de freinage, ripage ou de retrouver des débris dispersés issus des véhicules.

Les obstacles visuels font l’objet d’une attention particulière ; l’expert refait donc plusieurs fois le trajet des véhicules impliqués à l’aide d’une caméra vidéo embarquée (dashcam) afin de vérifier la visibilité des conducteurs.

De mauvaises conditions météorologiques ou un fort contraste d’ombre et de lumière peuvent être à l’origine d’un accident. En se rendant sur le lieu du sinistre dans les conditions les plus proches de celles de l’accident (heure, météo, etc.), il est possible de se rendre compte d’une gêne ou d’un masque à la visibilité et de leurs conséquences sur la conduite.

Une fois tous ces éléments réunis, dont la liste n’est pas exhaustive, commence la deuxième partie du travail qui consiste à reconstituer précisément l’accident à l’aide de calculs et d’un logiciel d’accidentologie.

 

Antoine JARRY, Expert Automobile

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